Créer son patron de soutien-gorge sur mesure

Depuis quelques semaines, je me suis de nouveau lancée dans une phase de patronage ou modélisme et je m’éclate ! J’ai toujours aimé la géométrie et je trouve ça assez fascinant d’arriver à un truc 3D à partir de mesures à plat (ce n’est donc pas du moulage que je fais, j’aime les chiffres). J’ai donc décidé de me pencher de nouveau sur la méthode de patronage de soutien-gorge (SG) de Beverly Johnson, publiée dans son livre The Bra-makers Manual volume 2.

Les bases de la méthode

Je suis loin d’avoir fait le tour des méthodes de patronage de SG, mais il semble qu’il y ait deux approches principales : la première, qui semble majoritaire et qui est utilisée par exemple par ESMOD, part d’un patron de corsage et le modifie pour arriver à un SG. La seconde, celle de Beverly Johson ou de Jennifer Lynne Matthews-Fairbanks (Porcelynne) dans Bare Essentials: Bras, s’occupe de construire directement le SG à partir de mesures du sein lui-même et de l’armature.

Je n’ai pas encore testé la première, parce que je n’ai pas encore réalisé mon buste de base ou plutôt, je l’ai mais il est déjà vieux (2012) et mon corps a un peu changé depuis. De plus, je sais quelle armature me convient (95 regular) et ça me paraissait donc assez logique de commencer par là ; l’ajout de mesures prises au niveau du sein et pas seulement un tour de poitrine est plus prometteur en terme d’ajustements. Eh oui, à chaque fois qu’une taille de patron de SG doit être choisie simplement par la différence entre le tour de poitrine et le tour de sous-poitrine, j’obtiens un résultat absolument pas satisfaisant, ce qui est normal puisque j’ai un volume de sein peu développé par rapport à mon tour de sous-poitrine.

La prise de mesures

Voici un petit aperçu des mesures à prendre pour suivre la méthode de Beverly Johnson (je ne mets pas tout, je respecte les droits d’auteur)

Vous voyez que c’est assez précis, il y a un total de 7 mesures à prendre. Voici les miennes :

Rib cage / Tour de sous-poitrine86 cm
Wire diameter / Diamètre de l’armature13,5 cm
Cross cup length / Longueur à l’équateur du sein 🙂20,5 cm
Bust span / Ecart entre les saillants de poitrine (les tétons quoi)20 cm
Bottom cup depth / Profondeur du bonnet inférieur8 cm
Bridge width / Ecart entre les seins2 cm
Upper breast mound / Longueur du renflement supérieur20 cm
Rib cage / Tour de sous-poitrine avec prise en compte de l’attache81 cm

Commencer le patronage

Je ne vais évidemment pas vous donner la méthode au complet, sachez juste qu’on commence par tracer l’armature que l’on écarte ensuite légèrement (« splaying ») pour mimer ce qui se passera dans la vraie vie. Puis on crée la basque complète et la bande dos, à laquelle on applique un coefficient de réduction pour intégrer l’élasticité du powernet.

Patronage de la basque
Patronage du bonnet

La deuxième étape est la création du bonnet, on commence par le bonnet inférieur, puis le bonnet supérieur. A partir de là, on a tout ce qu’il faut pour faire une première version test. Plutôt pas trop mal pour un début non ? Cette première version a été réalisée en duoplex, un tissu de lingerie très stable et donc parfait pour mettre en valeur tout problème d’ajustement :/

Premiers ajustements

Cela m’a permis de noter plusieurs choses à modifier : tout d’abord dans la méthode de patronage, il n’est pas fait mention de la prise en compte de la longueur de l’attache dos. Bizarre parce que c’est quand même presque 5 cm ! Je n’ai pas encore contacté l’auteure à ce sujet, si je le fais et que j’ai une réponse, je vous le dirai.

J’avais trop de volume, ce qui se traduit par des plis verticaux passant par le saillant de poitrine. Après demande sur Instagram, Uplift Custom Bras m’a suggéré de faire une pince double verticale passant par ce saillant. J’ai donc testé d’un côté et voici le résultat : tout de suite mieux non ?

Plutôt que de modifier mon patron, j’ai recommencé le patronage parce qu’il s’avère que j’avais mal pris mes mesures de Cross cup length (longueur à l’équateur), et j’avais environ 1.5 cm cm de trop (dans le tableau ci-dessus, c’est la mesure corrigée).

Deuxième version

Même pas peur pour la deuxième version, j’étais (presque) sûre de moi et j’ai coupé le tout dans de la dentelle et mis de jolis élastiques, bref, ce n’est pas une version brouillon. Pour l’occasion j’ai aussi testé la « gothic arch » (si vous connaissez le nom en Français, je suis preneuse), qui consiste à poser l’élastique de bande inférieure en deux parties qui se croisent au milieu devant. C’est à la fois très joli et très confortable, pas très compliqué à réaliser : j’ai suivi le tuto en Anglais de Liz Sews qui explique à la fois comment modifier le patron et comment coudre ce croisement. Si je fais un tuto vidéo, je vous ferai signe.

Gothic arch

Cette deuxième version est quasiment parfaite et c’est pour l’instant le soutien-gorge le plus confortable que je me sois cousu ! Je dis seulement « quasiment parfaite » parce qu’il aurait fallu que je pose un élastique transparent (laminette) sur le bord de la dentelle du bonnet supérieur, là ça baille un tout petit peu, surtout quand j’ai le bras en avant pour prendre un selfie.

Je suis évidemment super contente d’avoir réussi à faire ce SG sur mesure, qu’il m’aille aussi bien et de savoir que j’ai désormais une base qui va me servir à créer plein d’autres versions en changeant les lignes des bonnets : plein plein de possibilités s’offrent à moi. Il y a déjà quelques pistes de transformations à appliquer dans le livre de Beverly Johnson et aussi quelques-unes très intéressantes dans celui de Jennifer Lynne Matthews-Fairbancks. Cette dernière a également une formation en ligne pour créer 11 modèles à partir d’un bloc de base, peut-être me l’offrirai-je un jour.

Et voici Asteria

En attendant et pour m’y retrouver dans les nombreuses versions que j’ai l’intention de faire, j’ai choisir de leur donner un petit nom. Cette première version à partir de mon bloc de base s’appelle donc Asteria : il s’agit d’un bonnet en trois pièces, bonnet supérieur en une pièce avec bord de dentelle droit, bonnet inférieur en deux pièces avec couture verticale au niveau du saillant de poitrine, dos en U, conçu pour une armature classique.

Plein de petits bous de patron

J’ai déjà travaillé sur une autre version à partir de ce bloc, Équinoxe, qui est un bonnet en une seule pièce avec pince verticale, basque en deux parties (couture sous le saillant de poitrine) et toujours un dos en U. L’objectif de ce patron est de permettre d’interrompre le moins possible une jolie dentelle ou dans le cas de la première vraie version d’Équinoxe de mousseline brodée. Je vous le montrerai plus en détail dans un prochain billet de blog.

Des patrons pour d’autres

Au moment de la réalisation de cette version Asteria, Pauline « Les Trois Pivoines » et moi avons commencé à discuter patronage et SG, elle était elle-même en train de faire toute une série de blocs pour elle. Suite à nos échanges, je lui ai proposé de lui patroner un bloc de SG à partir de la méthode de Beverly parce que j’étais curieuse : est-ce que ma réussite sur cette première version tenait de la chance du débutant ou bien s’agissait-il juste d’une très bonne méthode, bien adaptée ? Avec ses mesures, j’ai donc patroné le même type de bloc et c’était très réussi également ! Pas parfait du premier coup mais déjà tellement près du résultat escompté qu’on était absolument ravies toutes les deux 😀 Elle s’est aussi lancée de son côté dans des versions différentes à partir de son bloc de base, c’est super chouette à voir !

Je continue mes tests de cette méthode en réalisant des patrons pour ma soeur et pour une amie, c’est en cours et je vous en reparlerai quand ce sera fini.

J’espère que cette présentation détaillée vous a plu et que ça vous donne envie de tester le patronage vous-même ! Si vous avez des questions ou des suggestions, n’hésitez pas !

3 Replies to “Créer son patron de soutien-gorge sur mesure”

  1. Oh la la ! C’est follement intéressant tout ça ! Je me demande si je ne vais pas m’offrir ce bouquin aussi. Tu l’as trouvé où ?
    En parlant de méthode et en tant qu’ignorante du patronage (mais apparemment ça ne gêne personne de parler de trucs auxquels il.elles ne comprennent rien, alors pourquoi pas moi) : il me semble aussi que la méthode de Beverly et Porcelynne paraît plus cohérente.
    Il me semble que Vivianne d’Etoffe Malicieuse utilise aussi la prise de mesure du bonnet inférieur… j’ai ses patrons, il faudra que je tente.
    Vite fait en lisant ton article, j’ai pris quelques mesures dont tu parles et on est est pas loin… sauf pour le tour de sous-poitrine. Je trouve ça rigolo.

    1. le bouquin est super intéressant ! je l’ai acheté chez B Wear, qui est la revendeuse des produits Pin Up Girls pour l’Europe (c’est d’ailleurs dommage qu’il n’y ait pas de revendeur plus près !)
      j’aurais tendance à être d’accord avec toi pour la méthode qui part du sein et de l’armature, ça me paraît plus logique et probablement un peu plus précis. Ceci dit, je n’ai pas encore testé d’autre méthode, ce serait amusant de faire un retour d’expérience ! Oui Etoffe malicieuse utilise en effet cette mesure de la profondeur du bonnet inférieur qui me paraît assez cruciale, mais pas suffisante en elle-même. J’ai quand même eu des problèmes d’ajustement avec ses patrons (mais j’en ai avec presque toutes les marques…)
      C’est marrant pour les mesures, si ça te dit tu me les donnes et je te fais le patron 😉

  2. […] nouvelle transformation à partir de mon patron de base Beverly Johnson : bleu sans nom pour […]

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